On n’a pas fait dans la dentelle pour quitter Rennes, la route de Lorient a beau avoir un aménagement cyclable, elle reste une quatre voix ronflantes de semi-remorques. Vite bifurqué vers le vallon de la Chèze. La route serpente au dessus des eaux retenues par un barrage. A Plélan-le-Grand, casse-croûte routier avant d’aller frôler la forêt de Paimpont, Brocéliande n’est pas loin. La moindre échoppe dans les villages traversés porte un nom du cru : Taverne de Merlin, Café du Roi Arthur, Au Relais de la Table Ronde. Le mythe fait commerce. Les innombrables pépiements d’oiseaux sont ponctués de quelques boums incongrus, ce sont de saints homonymes qui s’entrainent à tirer sur je ne sais quelle cible joujou, ma route traverse en effet le camp de St Cyr-Coëtquidan. Boum, boum, attention ne pas pénétrer, danger de mort, je veux bien le croire, boum boum. Je rallie Ploërmel peu après, y retrouve Benn, mon hôte du jour, au Thy’Roir. Le lieu est étonnant, sorte de cale renversée, recouverte d’innombrables tiroirs plus ou moins ouverts, l’ensemble donnant un curieux effet de tête-bibliothèque en chantier. Pour la vingt-septième fois depuis le 15 mai, j’y dresse mes tréteaux. Les gestes sont huilés, chaque jour l’installation se fait un peu plus rapidement. Mais chaque jour différemment aussi, pas un lieu n’a ressemblé au précédent. Le fil à linge qui part de mulette pour monter au ciel aura connu des longueurs variant entre deux et quinze mètres, certains jours la scène est si petite qu’on peut à peine circuler une fois déployé le bazar. S’adapter, se fondre, trouver chaque jour un point de départ propre à l’espace qui m’accueille. Ce soir j’ai commencé le spectacle assis au milieu d’eux, on était peu, mais l’on fut les yeux dans les yeux. Après, je reçois un cadeau radiophonique (R d’Autan toujours) : une bouteille de cidre local. L’ouvrirai-je à Ouessant face à la mer ? Mystère. Ce que je sais, c’est qu’avec la coupe triomphale offerte par les Ateliers du Vent, me voilà chargé de trois petits kilos supplémentaires. Je les emporte de bon cœur, l’horizon n’est plus très loin. Et demain, si tout va bien, je serai Aux Anges.