Je l’ai croqué ! Les mollets ont jubilé, ce fut délicieux de retrouver les sensations de l’an dernier. La route regorge de parfums, un virage à la framboise, un virage à la menthe, quelques camions rugissants pour que ce ne soit tout de même pas l’idylle complète. Col du Donon, 753 m, point culminant pour cette année. Sauf grave et distraite erreur d’itinéraire, on n’ira pas plus haut d’ici Ouessant. De l’autre côté ça bascule vers la Moselle, puis la Lorraine. En roue libre. Je m’arrête chanter Moustache à de petits moutons fraîchement éclos, et je rugis Poète en voiture de fonction à grands coups de trompe. Le soleil est parti pour me colorer toute la semaine, mulette est au beau fixe. A quelques kilomètres de Vaucourt, étape de ce jour, je retrouve l’équipe de France 3 Nancy. On tourne quelques descentes en zigzags et quelques montées en limaçon. Au pied d’un grand arbre quadricéphale, je leur chante Clandestin, en tenue de cycliste et maillot jaune. Les images serviront demain pour l’émission C’est mieux le matin. A demain donc. Gérard, éducateur, syndicaliste, cuisinier, bricoleur, organisateur, homme couteau suisse généreux, Gérard donc, mon hôte pour cette escale vaucourtoise, m’accueille dans les derniers kilomètres. Ce soir, point de tréteaux à dresser, mais une table rabelaisienne pour se reconstituer. J’apprends, les yeux sans doute ronds, que l’on peut hypnotiser une poule et ressusciter une mouche. Je goûte du cochon sous toutes ses formes, pâté, fromage de tête, rillettes, saucisson, jambon, tout est fait maison, le cochon s’appelait d’ailleurs Ferdinand, le précédent c’était Chloé. Digère-t-on mieux le cochon quand il est baptisé ? J’accompagne la question de quelques rasades également maison : vin d’aspérule, vin de fleur de sureau, trousse-pinette (mais si). Après, forcément, j’ai bien dormi.