19 juin

Trois départements. Troquer d’abord le Morbihan pour une brève incursion dans les Côtes d’Armor, puis toucher enfin au Finistère. A Cléguérec, pause café, puis double café, rebelote offerte, quelques mots dans le Télégramme et Ouest France me valent cette largesse. Ici au bistrot, tous se serrent la main. J’ai retrouvé un bout du canal de Nantes à Brest, mais le revêtement est moins roulant, je l’abandonne peu après avoir déjeuné, face à Notre Dame de la Pitié, petite chapelle isolée au creux de ce canal. Je rejoins Carhaix, après une séance photo impromptue avec un homme du métier, envoyé par une agence parisienne, ça lui vaut un mini-concert roulant sur l’ancienne voie de chemin de fer reconvertie en piste cyclable. A Mod’All, les livres recouvrent une moitié de l’espace, café-librairie tenue par une Laure vive et volontaire. Elle fut une des premières à entrer dans la danse de cette tournée lorsque je commençai à fureter, début janvier, en quête de lieux, d’étapes, de rencontres et d’imaginaires. J’installe mon petit décor au pied d’une vaste cheminée dont le linteau, de guingois, ressemble à ce que j’aime. Le guingois. J’y déploie, tout doucement, mes histoires de trajectoires. Le spectacle se conclue par une joyeuse tablée, autour d’un colombo de porc fameux. Quelques amis sont là, que l’on retrouve, grandis de quelques années ou quelques mois. Avant d’aller dormir, ultime coucou avec Eric Lange sur France Inter. Ce dernier appel va me valoir une drôle de surprise le lendemain matin.

20 juin

Ayant matinalement basculé du haut des monts d’Arrée, j’aperçois peu après une voiture arrêtée sur le bas-côté, feux de détresse et grands moulinets du bras. Je freine, stoppe, bonjour. Elle s’appelle Maryvonne et me demande si c’est moi le « chanteur à vélo ». Oui. Touchée par ce que l’on se disait hier soir dans Allô la planète, elle voulait juste me le dire. Merci. Mais ne s’en tient pas là. Car ils sont une soixantaine de joyeux drilles (sic) à entamer ce matin une dégustation de whisky, à Commana. C’est sur ma route, mais l’on comprendra que je décline. On se salue donc, à la revoyure, bonne fin de tournée, bonne dégustation. Mais ne s’en tient toujours pas là ! Quelques kilomètres plus loin, au rond-point de Commana, la revoilà, bouteille de whisky en main et petit verre à dégustation. Je ne puis décliner, et me voilà donc à trinquer à 10 H 18 du matin. Ça réchauffe. Corps et cœur. Je rallie Plougastel, face à Brest. Lieu dit, Le Dreff, chez Hubert et Marine, amis de longue date, connus à Paris dans cette antre-repaire, taverne une fois chantée : y’a du bois, de la pierre, des tuyaux, des sorcières, y’a la vie qu’on culbute, à l’Art Brut. Ce soir, dans leur jardin, l’avant dernier spectacle de la tournée se jouera sous la voûte de trois pommiers déjà bien chargés. Mais avant cela, direction Brest, place de la Liberté, scène du même nom, pour fêter la musique avec mes bidules. Hier on était quinze à Mod’All, nous voilà quelques centaines, avec tout le grand attirail des scènes de plein air. Entre deux groupes régionaux bien wattés (rock, puis hard-core hurlant), je plante ma demi-heure de bidules, ouatés. Et hop, le grand sprint final continue, retour au Dreff, installation sous les pommiers, et c’est reparti pour un tour. La nuit est peu à peu tombée, on a fini sous les étoiles, allumé un grand feu et chanté encore, ceux qu’on aime entendre. La nuit sera courte, demain matin, le bateau pour Ouessant part à 7 H 45. Merci Hubert et Marine, et vous tous qui furent de la partie pour cet humain bref Dreff.