Il a bien fallu quitter le petit paradis de Clinchamp, se promettant d’y revenir bientôt. Départ aux aurores, le spectacle de ce jour est à 16 H et 60 kilomètres. Avanti ! Escorte nombreuse : Yves Amour mon hôte de la veille, Alain un de ses amis, Aurélie et Fred sur leur tandem. Le dit tandem bifurquera quelques minutes plus tard, avec un peu d’émotion nos chemins se séparent, on a passé trois jours heureux ensemble. Yves et Alain me laissent également un peu plus loin. Me revoilà seul. Pas pour longtemps. A la sortie du Puits-de-Mèzes, allongé sur le talus, philosophant la tête plongé dans les feuillages, m’attend Luc, 83 ans et autant de kilos. J’ai fortement pensé au poète Jacques Réda et son Herbe des talus, mon livre de chevet. Avec son vélo électrique « le Luc », comme on l’appelle ici, va m’accompagner un bon bout de chemin, bientôt on est rejoint par deux autres cyclistes, FX et sa fille, de l’association Chaumont à vélo. Luc nous conduit chez Jacques, Jacques nous offre un délicieux champagne maison, le soleil cogne, la fin d’étape (à nouveau en solitaire) est un peu bouillonnante… Marmesse. Deuxième escale haut-marnaise, toujours par l’entremise de Fred Castel et de Chants de Gouttière. Mimi, mairesse communiste a œuvré avec lui et donc aujourd’hui je chante dans la petite église du village. L’an dernier, le concert sanctifiant fut à Lignières lors du Festival l’Air du Temps. Rebelote religieuse qui n’est pas pour me déplaire. Sur la Poulie Chinoise, je demande aux enfants, aux saints des vitraux et aux statues de se boucher les oreilles. Certains décollent les mains assez vite, devinez qui. Après cette messe de saltimbanque, on va se plonger dans les étangs qui sont ici une trentaine, on ripaille, truculents, autour d’une grande tablée, Mimi lance les assiettes à dessert telles des soucoupes volantes (tradition familiale), je suis un peu éberlué. Après dix jours ininterrompus de bicyclette et de spectacles, demain c’est relâche, alors je relâche aussi.