Après cette incursion vosgienne, direction la Haute-Marne. Nous voilà rattrapés au bout de deux kilomètres par la médecin de Contrexéville qui vient m’offrir une plaque de chocolat pour mes bons, loyaux et poétiques services d’hier soir. Cela nous vaudra une indication d’itinéraire un peu aléatoire et par conséquent : une côte chevronnée à deux chevrons, huit kilomètres de chaos sur un bitume ancestral, mais une magnifique traversée en forêt par la ligne de crête, sans rancune donc. Le tandem est toujours là, je mets à exécution mon plan promotionnel et les voilà recouvert d’affiches « en roue libre », recto verso. Les vaches restent assez stoïques, impénétrables à cette trouvaille marketing. Par contre, arrivée triomphale à Clinchamp : sous les vivats d’une bonne douzaine de joyeux lurons, champagne, interview à la brosse à cheveux par l’une, Bernard Dimey déclamé par l’autre. Cette première escale en Haute-Marne promet. Je mets enfin un visage sur le nom de Frédéric Castel, principal artisan de mon passage ici. Depuis quelques jours, ses deux enfants ont appelé leurs doudou : Bidule. Début d’un grand succès ! Mes hôtes du jour portent le doux nom d’Amour, et le portent bien. Une nouvelle fois, le temps de quelques heures et de dizaines de bras, la salle communale va se métamorphoser en un petit théâtre. Un paysan prêtera des bâches d’ensilage pour pouvoir faire le noir, des bouquets de fleurs des champs surgissent, on monte quelques projecteurs, les cuisines s’activent. Les tandémistes sont d’efficaces assistants, faut dire qu’ils en sont à leur troisième spectacle. Ce soir encore, je raconte mon histoire de Géant et de Clandestin à une petite centaine de paires d’yeux. Et les yeux s’allument. Et je me couche ivre de fatigue et de rencontres.